lundi 1 décembre 2008

Un poème d'éveil écrit par Pierre Dhainaut

mercredi 9 juillet 2008

Voix de la bienvenue...de Pierre Dhainaut

J'ai de nouveau rencontré cet humble et grand poète qu'est Pierre Dhainaut. Je souhaite donc bon vent à ce nouveau livre de Sabine Dewulf (aux éditions des Vanneaux) qui lui est consacré...
...Il a plu cette nuit,
c'est la première fois que je regarde,
jusqu'au silence qui résonne.

Sac, ressac, je ne juge pas,
l'instant demeure,
l'écume transparente.

Je m'interromps comme je parle,
en la marée,
chaque jour y a-t-il un jour de plus?

Le ciel n'est jamais vide, le sol nous porte,
on n'aperçoit aucun arbre,
on sait pourtant qu'ils sont proches.

Une marge, un rivage,
il n'y a de secret que le visible
épanoui...

4ème de couverture

C'est face à l'océan qu'il faudrait naître
afin que notre cri se mêle aux cris d'oiseaux,
au grand matin de la conscience, de la louange,
toujours nous serions disponibles. Une fois, une seule,
ici, fût-ce par tempête, avons-nous pris peur,
et la respiration, avons-nous cru pouvoir
la contenir ? Un appel sans frontière,
le monde, une arche, la mort s'y tiendrait à son rang...
Murs ou fenêtres lisses, étroits, est-ce encore
une chambre, dès que l'on y ramène un nouveau-né?
Nous n'osons pas le prendre entre nos bras :
l'arche est-elle autre part qu'en ce berceau
en ce sommeil de paix? Une force en émane,
la vie qui se donne à la vie plus qu'un rivage
aux vents perpétuels.

lundi 31 mars 2008

Pierre Dhainaut sur France Culture

L'émission Poésie sur Paroles du 30 mars 2008 nous proposait d'écouter Pierre Dhainaut : "Avec Pierre Dhainaut, à l'occasion de la sortie de Levées d'empreintes aux éditions Arfuyen : Forte de quelque 30 ouvrages publiés depuis près de 40 ans, l’œuvre de Pierre Dhainaut, inaugurée avec Le poème commencé (Mercure de France, 1969) apparaît de plus en plus comme l’une des œuvres majeures de la poésie française contemporaine). L’anthologie parue au Mercure de France en 1996, Dans la lumière inachevée, de même que le colloque qui lui a été consacré en 2007 à la Sorbonne, confirment la rrichesse et l’originalité de cette démarche dont le raffinement et la discrétion, proches de celles d’un Philippe Jaccottet, s’accommodent mal des tambours et trompettes dont nos oreilles sont pleines. Après Prières errantes (1990), Fragments et louanges (1993) et Introduction au large (2001) et Entrées en échanges (2005), Levées d’empreintes est le cinquième recueil de Pierre Dhainaut que publie Arfuyen." (France Culture)

Enfin ce serait oui...
Ce n'est qu'un souffle encore et un sourire
quand nous le nommons, que nos mains le prennent,
nous nous sentons soudain si maladroits.

Il vient de naître, il a toute confiance
en ceux qui s'approchent, qui se penchent : à sa venue
nous n'avons pas épanoui le monde.

Avec la vie nous n'avons pas donné
la parole de vie : le mot, le seul
qu'il conviendrait de dire, se refuse à trouer la gorge.

Chaque enfant nous invite, dès qu'il respire,
comme sur une plage où les vents jubilent sans réserve,
à l'écouter entre ses lèvres.

Décharger l'espace, l'air y serait libre,
libre aussi bien de se transformer en lumière,
nous l'apprendrons de lui en prononçant

la syllabe frêle, chaleureuse, enfin ce serait oui.



Poésie sur Parole (France Culture, le 30 mars 2008)






Offrir et ne jamais finir

... offrir sur la vitre
la première buée. Tu rêverais
uniquement d'être ici en avril,
tu n'esquisserais que les initiales
des prénoms que tu aimes, et toujours
ce serait, venant vers toi,
le vent pur, les nuages, l'écume...

... offrir un peu d'eau
qui croupit au bas des trottoirs.
A peine entre les mains
tu ne dirais plus qu'elle est sale,
tu t'en laverais le visage,
tu écouterais à l'instant
ce bruit de source où le ciel se découvre...

... offrir un papier
froissé, jeté. L'origine perdue, les lettres
devenues grises, l'encre et la pluie
mélangées à la terre, chaque ligne,
chaque tache, tu les déchiffrerais,
tu les rendrais arborescentes,
tu en ferais le début d'un poème...

... offrir une graine
tombée de l'érable, écrasée.
Tu la tiendrais au bout des doigts,
il te viendrait un souffle
déjà pour disjoindre tes lèvres
en épelant le mot « samare »
et partir, partir très loin avec elle...

... offrir un fragment
d'écorce, quel que soit l'arbre,
mais de préférence un bouleau,
la plus fragile. Sans cesse,
en le pressant, tu ranimerais le regard,
tu sentirais en plein essor
le tronc clair qui frémit...

... offrir un caillou
que tu ne prends que pour le reposer
dans le lit du torrent. Tu saurais bien
quelle est ta place à genoux sur la rive,
la sienne aussi entre tant d'autres
au milieu des remous, toi silencieux,
lui lumineux ensemble...

…offrir dans le sable
ces empreintes d'oiseaux
que la brise interprète en effaçant.
Tu ne pèserais plus,
sans savoir où, te saisirait
le claquement d'une aile,
tu ruissellerais sous la vague...

samedi 5 janvier 2008

Christian Hubin nous parle de la poésie de Pierre Dhainaut.

L'errance de Pierre Dhainaut, on en mesure aujourd'hui l'avance magnétisée. Plus elle va, plus cette poésie s'allège, plus elle s'éprouve aussi, sauvée, semble-t-il, de ne plus chercher réponse, d'être en quête sans rien attendre... la dispersion s'est faite don ; la fusion, accord et recueillement. Le souffle est comme retenu, le halo a grandi autour de la présence. Une sorte d'acquiescement, un être infusé dans l'haleine du monde... Le je (...) n'est plus ici que le pronom du Tout, le signe d'emprunt de l'Autre. Présence et absence confondues, être et lieu unis, dans les sables du Nord ou les cols de la Chartreuse.
Christian Hubin, La Forêt en fragments, José Corti, 1987

mercredi 26 septembre 2007

Interview, partie 5 : Les lieux et les souffles


Deux paysages fortement contrastés vous ont particulièrement inspiré : les plages du nord et le massif de la Grande Chartreuse. Ont-ils été pour vous complémentaires ? A quelles aspirations répondaient-ils ?

Oui, ils sont complémentaires. L’Aubrac que j’aime n’est pas très différent des plages. L’aspiration est alors celle du dépouillement. Je retrouve aussi le dépouillement en montagne, mais différemment : il s’agit d’une initiation, d’un dépouillement progressif, par étapes ou par étages - on va du boisé à l’alpage, puis à la pierre nue. Lorsqu’on atteint le sommet, on a l’impression qu’on a mérité la dilatation des cimes. Sur la plage, je fais plutôt l’apprentissage des grandes forces naturelles, les marées et les vents. En réalité, c’est moins un dépouillement qu’un arasement.

Une fois que j’ai évoqué les lieux qui m’ont marqué, je n’ai plus besoin d’en parler, ils sont en moi, présents, même si mes textes n’entretiennent aucun rapport direct avec eux. Parfois, certains mots apparaissent, « arbre », « pierre », « écorce », « eau », et l’auteur sait très bien d’où ils viennent. Quand je parle de « pierres » et d’ « arbres », il s’agit de pierres et pour la plupart d’arbres de Chartreuse.


A l’âge de vingt ans, c’est à Dunkerque que j’ai eu mes premiers vrais contacts avec la mer et le rivage. Mais ce contact était encore ambigu. On ne pouvait pas venir ici sans voir les ruines, la guerre… Le monde naturel et l’Histoire rivalisaient.

Qu’avez-vous retenu de vos découvertes des spiritualités orientales ?

Ces découvertes ont été beaucoup plus sensibles qu’intellectuelles, je les dois à certains poètes, par exemple Octavio Paz.

J’ai lu quelques ouvrages sur le zen, il ne s’agissait pas de savants traités, je pense à l’art des bouquets ou des jardins, au tir à l’arc, à la cérémonie du thé. Ensuite, j’ai lu des anthologies du haïku, j’ai entendu la musique du shakuhachi. Encore aujourd’hui je ne puis écouter vingt secondes de cette musique sans en être aussitôt, comment dire ?... recueilli, épanoui. J’aime particulièrement les flûtes, qu’elles soient du Japon comme le shakuhachi, de l’Inde ou de l’Iran : mes poèmes s’en souviennent, que les souffles animent, les souffles qui rappellent que nous ne sommes que de passage, qui pourtant invitent à la présence au monde.

Interview, partie 4 : Deux rencontres essentielles : Jean Malrieu, Bernard Noël

Qu’est-ce qui vous a attiré dans la personnalité et l’œuvre des poètes Jean Malrieu et Bernard Noël ?

La fréquentation de Malrieu a été constante alors que celle de Bernard Noël n’a été qu’épisodique. J’ai découvert Malrieu à la fin des années 50. Il figurait dans les anthologies surréalistes, il fréquentait Breton. Je lui ai écrit comme à un autre surréaliste, pour la première fois à la fin de l’année 62, pour lui dire que ses poèmes m’aidaient à vivre. Il m’a répondu qu’il avait lu mes poèmes et qu’il souhaitait en lire d’autres. Je lui ai donc envoyé quelques textes. Il ne les aimait pas, il trouvait que je manquais de souffle, que je me servais trop d’une certaine imagerie surréaliste, ce qui était vrai. Il pouvait se montrer parfois disons dogmatique mais il était si authentique que je ne lui en ai pas voulu. Un rapport confiant s’est très vite établi. Nous n’avons plus cessé de nous écrire jusqu’à sa mort. J’ai reçu de lui près de 200 lettres. Certaines pouvaient avoir cent pages, sur de grands cahiers à spirales. Il y racontait sa vie, il me décrivait la genèse de ses poèmes. Je les ai toutes confiées à la bibliothèque de Lille.


Malrieu nous invita à passer les vacances auprès de lui. Deux étés de suite, nous l’avons vu tous les jours pendant plusieurs semaines. Ce fut une grande rencontre. Jean était infiniment naturel, il ne posait pas. Alors qu’en Breton il est évident que j’avais cherché un second père (je l’avais rencontré quelques jours avant la mort de mon propre père), avec Malrieu, rien de tel ne s’est produit, malgré nos vingt années de différence. L’homme lui-même m’attirait. Tout le monde n’a pas eu la chance de l’entendre, avec son accent si particulier du Tarn-et-Garonne mêlé à celui de Provence. Il ne cessait de parler. Mais notre amitié est aussi liée aux promenades autour de Penne-de-Tarn. C’était plus enrichissant que de rester à la table d’un café surréaliste ! Grâce à lui, j’ai découvert la civilisation des pierres, de l’air, de la lumière, qui vont ensemble… Au début des années soixante, Malrieu commençait à changer d’orientation poétique, il écrivait La Vallée des Rois. Il était traversé par les interrogations que posent les lieux. C’est alors que j’ai eu la révélation d’un être qui habitait poétiquement, dans ses poèmes comme dans l’évidence quotidienne. Je n’ai pas saisi tout de suite l’importance de cette nouvelle orientation, j’en étais resté aux poèmes d’amour liés à Robert Desnos. Les grandes questions de Malrieu sur le monde et sur Dieu, je ne les ai vraiment comprises qu’après sa mort. Je n’ai pas cessé de vivre en sa compagnie depuis un demi-siècle. J’ai rassemblé ses œuvres, je les ai préfacées.



Quant à Bernard Noël, c’était l’antithèse de Malrieu, qu’il a sans doute peu lu. Je l’ai rencontré en 1971. Il m’a obligé à clarifier tout ce qui avait fini par me mettre mal à l’aise dans le surréalisme et dont je ne prenais pas vraiment conscience. Sa lecture a été pour moi très décapante. A titre d’exemple, j’ai décidé de lui envoyer le questionnaire d’une enquête que j’avais rédigée pour une revue à propos de l’amour, au sens où l’entendait Breton - l’« amour fou ». Noël a répondu pour dire que les conceptions surréalistes de l’amour, de la femme-enfant, étaient des niaiseries. Il a réédité sa réponse par la suite, sous la forme d’une « réplique à Pierre Dhainaut », dans Treize cases du je.

Pouvez-vous évoquer les circonstances et la fin de la crise existentielle et poétique que vous avez connue à l’époque d’Efface éveille et d’Au plus bas mot ?

C’était précisément à l’époque de ma rencontre avec Bernard Noël. Efface, éveille a été très inspiré par lui. Cette période correspond à un douloureux passage de dissociation.


Cette crise s’est dénouée lorsque j’ai découvert le monde du dehors. Le dehors avait déjà existé pour moi : la guerre, puis le service militaire, durant la guerre d’Algérie, je dois le rappeler. Vous n’avez pas idée de ce que peut être la vie de caserne, l’agressivité constante, le langage réduit aux ordres et aux insultes. J’en suis revenu déprimé. Le dehors, c’est avant tout autrui. Mes véritables pas vers le dehors, les poèmes que j’ai repris dans Terre des voix en témoignent. Le Retour et le chant a été également un moment important. Et puis, la mort de Malrieu a été traumatisante. Tout cela bouleverse et transforme en secret, avec le temps. J’avais assisté à l’agonie de mon père, le choc avait été violent sur le coup mais je n’ai vraiment interrogé cette mort que dans les années 80. D’autres morts m’ont marqué, celle d’un chat notamment, comme pour Malrieu. Il a fallu que j’écrive à mon tour un poème sur la mort d’un chat qui nous a vraiment beaucoup émus (« A la mort de M. »), que je l’écrive d’un seul jet en revenant du jardin où nous l’avions enterré. Je savais qu’en faisant cela j’étais avec Jean, j’accomplissais les gestes qui avaient été les siens. C’est grâce à la mort que je suis entré dans le grand dehors.

Interview, partie 3 : Le goût des arts graphiques


Quelle a été votre propre relation aux arts graphiques ? Et que vous a apporté votre collaboration avec des peintres et des graveurs ?

Quand j’avais quinze ou seize ans, j’écrivais d’abondance. Mais, les années passant, l’écriture s’est raréfiée, même si mes dissertations scolaires étaient démesurées. Jacqueline, ma femme, que j’ai rencontrée en 1956, a contribué à défaire certains blocages. Mais je ressentais un manque. J’ai demandé à la peinture de m’aider. Les techniques automatiques étaient d’accès facile. J’ai fait beaucoup de collages, des décalcomanies. Il fallait qu’à la manière surréaliste je donne des titres à ces images : c’est ainsi que la veine des mots s’est rouverte. J’envie toujours les écrivains peintres, Hugo, bien sûr, Michaux, Dotremont, aussi, l’inventeur du groupe Cobra et l’auteur des logogrammes.

Ce que j’aime dans la collaboration avec des peintres, des graveurs ou des photographes, c’est qu’ils me demandent de les accompagner, de m’insérer dans leur travail. Ces défis obligent mon propre travail à s’ouvrir. C’est ainsi que je collabore avec Jacques Clauzel, par exemple. Mais je procède parfois autrement : j’ai écrit Lumière pour lumière, en sachant que Fabien Giry, un jeune peintre de Dunkerque, l’illustrerait. Puis, nous avons mis au point le format, la mise en page, etc. Quoi qu’il en soit, toutes les phases m’intéressent, de la fabrication d’un livre.