mardi 9 juin 2009

Visite de Pierre Dhainaut au collège de Vendin-le-Vieil

Le 8 juin 2009, Pierre Dhainaut a rendu visite à une classe de 4ème au collège Bracke-Desrousseaux de Vendin-le-Vieil. Voici quelques échos de cette rencontre :

Questions posées à Pierre Dhainaut :

Pourquoi êtes-vous plus attiré par la poésie que par les autres genres littéraires ?

Réponse transcrite par les élèves :
Il faut distinguer l’auteur du lecteur. Pierre Dhainaut est un lecteur très ouvert. Il peut lire des romans, des livres philosophiques, aussi bien que des poèmes.
Mais on a un tempérament, plus ou moins limité. Pierre Dhainaut, lui, ne peut pas faire de romans. Sa forme d’esprit ne correspond pas à l’art du récit, qui se prolonge. Le roman demande du temps (des mois, des semaines, voire des années), alors que le poème s’écrit en un ou plusieurs jours. Le poème se fait dans un temps plus intense, comme le haïku qui correspond à une écriture très brève. Pierre Dhainaut aime la concentration. Il donnerait tout pour la poésie.
Pierre Dhainaut aime aussi interroger, comprendre ce qu’il lit et écrit. Il a écrit des textes de critique, donc de prose, de réflexion écrite. Il a fait un article sur André Breton, sur Bernard Noël, sur des poètes qu’il a rencontrés et sur des peintres. Certains peintres lui ont demandé de travailler sur leur œuvre. Il a écrit aussi un livre sur Victor Hugo, il y a longtemps.

Comment expliquez-vous votre succès ?

Réponse transcrite par les élèves : Il ne s’agit pas de succès. Pierre Dhainaut veut juste écrire. On ne peut pas faire de succès avec la poésie, ce n’est qu’une « passion ». Ce qui compte aussi, c’est d’avoir quelques lecteurs et auditeurs. Parfois, il reçoit un signe en forme de lettre de quelqu’un qui a pu être aidé par sa poésie. Mais s’il avait cherché à avoir du succès, il n’aurait pas fait de poèmes.
La poésie peut concerner l’intime (ce qu’on pense, ce qu’on vit…), permettre de s’exprimer soi-même. Mais il ne s’agit que d’une écriture personnelle.
Pierre Dhainaut, lui, écrit pour s’agrandir, se dépasser, vivre des sensations neuves. Il ne dit jamais « je », « moi », « me » dans ses poèmes. Il préfère se tourner vers le dehors. Il ne sait jamais ce qu’il va dire. Il n’a jamais décidé d’écrire sur une idée précise. Quand il écrit, il a le sentiment d’avancer. Ecrire un poème, c’est comme partir à l’aventure avec les mots. C’est en écrivant, en développant des mots ou des expressions qui l’obsèdent qu’il commence à les comprendre et qu’il écrit ses poèmes. Ce qui importe, c’est d’avancer sur un chemin dont on ne connaît pas le but. Si on écoute au fond de soi, on entend des mots. Il faut les retenir. Avant d’aller dormir, le soir, il y a souvent des mots qui lui viennent et qui trottent dans sa tête. Souvent, le matin, cela donne un poème, lorsqu’il peut corriger ce qu’il a écrit la veille.

Qu’est-ce qui vous intéresse, qu’est-ce que vous admirez chez Victor Hugo ?

Réponse transcrite par les élèves :
En cinquième, les poèmes de Victor Hugo l’ont passionné dès leur première lecture. Un jeune professeur de littérature, qui débutait, lisait des extraits en classe, d’une manière non scolaire, sans poser de questions. Il lisait par exemple La Légende des siècles. C’était un monde étrange qui s’ouvrait. Cela a incité Pierre Dhainaut à ouvrir ces livres.
Victor Hugo est un auteur très ouvert. Dans son œuvre, il y a tout. Les Misérables, Notre-Dame de Paris, ce sont de vrais romans d’aventures. Il ressuscite toute une époque, le XIXème siècle ou le moyen âge, dans Paris ou dans les provinces. Victor Hugo aimait les personnes très caractéristiques, qui par exemple parlaient l’argot. Il faisait beaucoup de digressions. C’était un auteur généreux. Dans ses livres, un rapport très personnel, curieux, s’établit entre l’auteur et le lecteur. Celui-ci est une sorte de confident.
A propos de Mors : Ce qui frappe, c’est sa force de convocation de la mort. On présente volontairement un squelette avec sa faux, c’est une allégorie. Le rythme du poème nous emporte. Le livre des Contemplations est dédié à sa fille décédée, Léopoldine, morte noyée à vingt ans.


Question posée aux élèves : Qu’est-ce qui vous a le plus marqués, dans la rencontre avec Pierre Dhainaut ?

Aurélien Batsik : C’est sa façon de parler, ses réponses, sa façon de lire les poèmes et d’expliquer.
Marvin Bibloque : C’est combien il adore Victor Hugo et aussi quand il m’a fait un autographe : j’étais content.
Rayane Deroeux : Il aime Victor Hugo.
Coline Delbar : Quand il parlait de poèmes ou de Victor Hugo, il en parlait avec passion. On voyait que c’est sa vie, qu’il adorait ça. On voyait que, sans eux, il ne pourrait vivre. On le voyait dans ses yeux et dans ses paroles, souvent il se laissait même emporter.
Camille Dierckens : Il parle tout le temps des autres. Il ne dit pas souvent « je ». Il adore Victor Hugo. C’est un homme passionné.
Céline Dufour : C’est que Pierre Dhainaut connaît la biographie de Victor Hugo sur le bout des doigts. J’aime bien son coffret où les poèmes ne sont pas écrits dans un livre.
Astrid Duriez : Ce sont sa personnalité et ses explications sur la manière de faire un poème, qui me serviront un jour. Il explique beaucoup de choses. Ce qui m’a plu aussi, c’est quand il a commencé à parler de Victor Hugo.
Samy Florent : C’est que Pierre Dhainaut ne sait pas ce qu’il va écrire quand il se met devant sa feuille blanche. Pour écrire un poème, il faut se laisser guider par notre crayon.
Laurent Gau : C’est le moment où il a parlé de Victor Hugo peintre. Je trouvais ses dessins très beaux et il en parlait avec facilité comme si Victor Hugo était son ami depuis longtemps. Il disait ce que les dessins voulaient dire. J’ai trouvé ce moment le plus marquant de tous dans la rencontre.
Céline Houllier : C’est qu’il aime beaucoup Victor Hugo.
Debbie Kumanski : C’est de l’avoir rencontré. Il nous a tout expliqué en petits morceaux, il a beaucoup parlé de Victor Hugo. Il nous a expliqué comment former un poème et le lire.
Pauline Lalet : C’est sa façon de parler. On aurait dit un philosophe, on voyait qu’il avait été professeur de français car il arrivait à parler et à utiliser des mots que nous comprenions sans difficulté tout en montrant un maximum de connaissances. Il savait beaucoup de choses sur la poésie, Victor Hugo… Il était passionné en parlant des poèmes de Victor Hugo.
Sarah Leprêtre : J’ai aimé le moment où Pierre Dhainaut a parlé de Victor Hugo. Il sait vraiment beaucoup de choses sur lui.
Frédéric Milazzo : C’est sa grande passion pour les poèmes et sa passion pour Victor Hugo.
Sophie Rose : J’ai aimé le moment où on lui a remis le recueil de nos poèmes et lorsqu’il a fait lire certains poèmes des élèves, ainsi que le moment où il a parlé de Victor Hugo.
Céline Stachowiak : Ce qui m’a touchée lors de la rencontre avec Pierre Dhainaut, c’est quand il a lu les écrits de Victor Hugo.
Mégane Torok : C’est quand il nous a expliqué comment il fait ses poèmes. Il aime se concentrer quand il écrit un poème. Quand on s’exprime personnellement, on peut aussi écrire pour se dépasser. Ce qui m’a marquée, c’est aussi quand il nous a parlé de Victor Hugo.
Fanny Viléla : Pierre Dhainaut comprend très bien Victor Hugo, ses allusions, ses allégories… On voit vraiment qu’il aime ce qu’il fait et qu’il ne pourrait s’en passer. C’est un grand poète.
Mathieu Watel : La poésie, c’est la vie qui se déroule. Il s’est inspiré de Victor Hugo. Il a publié des livres de poésie et il a rencontré de grandes personnalités dans la poésie.

lundi 1 décembre 2008

Un poème d'éveil écrit par Pierre Dhainaut

mardi 1 juillet 2008

Sur le vif prodigue de Pierre Dhainaut



Confiance aux mains quand les regards défaillent,
elles ont peur autant qu'elles espèrent,
elles avancent : l'espace au bout des doigts,
le temps d'attiser l'air nocturne, s'éclairent
en chaque cicatrice, chaque silence, les premiers mots,
un poème en connaît-il d'autres? ceux qui nous engagent
à leur ressembler, téméraires, vulnérables,
à faire ainsi du moindre effleurement une rencontre
en lui apportant la chair vive, une parole aimante.


La dernière parution de Pierre Dhainaut
L'Abreuvoir / Editions des Vanneaux 12€.
Editions Les Vanneaux

lundi 30 juin 2008

Voix de la bienvenue...de Pierre Dhainaut

J'ai de nouveau rencontré cet humble et grand poète qu'est Pierre Dhainaut. Je souhaite donc bon vent à ce nouveau livre de Sabine Dewulf (aux éditions des Vanneaux) qui lui est consacré...
...Il a plu cette nuit,
c'est la première fois que je regarde,
jusqu'au silence qui résonne.

Sac, ressac, je ne juge pas,
l'instant demeure,
l'écume transparente.

Je m'interromps comme je parle,
en la marée,
chaque jour y a-t-il un jour de plus?

Le ciel n'est jamais vide, le sol nous porte,
on n'aperçoit aucun arbre,
on sait pourtant qu'ils sont proches.

Une marge, un rivage,
il n'y a de secret que le visible
épanoui...

4ème de couverture

C'est face à l'océan qu'il faudrait naître
afin que notre cri se mêle aux cris d'oiseaux,
au grand matin de la conscience, de la louange,
toujours nous serions disponibles. Une fois, une seule,
ici, fût-ce par tempête, avons-nous pris peur,
et la respiration, avons-nous cru pouvoir
la contenir ? Un appel sans frontière,
le monde, une arche, la mort s'y tiendrait à son rang...
Murs ou fenêtres lisses, étroits, est-ce encore
une chambre, dès que l'on y ramène un nouveau-né?
Nous n'osons pas le prendre entre nos bras :
l'arche est-elle autre part qu'en ce berceau
en ce sommeil de paix? Une force en émane,
la vie qui se donne à la vie plus qu'un rivage
aux vents perpétuels.

lundi 31 mars 2008

Pierre Dhainaut sur France Culture

L'émission Poésie sur Paroles du 30 mars 2008 nous proposait d'écouter Pierre Dhainaut : "Avec Pierre Dhainaut, à l'occasion de la sortie de Levées d'empreintes aux éditions Arfuyen : Forte de quelque 30 ouvrages publiés depuis près de 40 ans, l’œuvre de Pierre Dhainaut, inaugurée avec Le poème commencé (Mercure de France, 1969) apparaît de plus en plus comme l’une des œuvres majeures de la poésie française contemporaine). L’anthologie parue au Mercure de France en 1996, Dans la lumière inachevée, de même que le colloque qui lui a été consacré en 2007 à la Sorbonne, confirment la rrichesse et l’originalité de cette démarche dont le raffinement et la discrétion, proches de celles d’un Philippe Jaccottet, s’accommodent mal des tambours et trompettes dont nos oreilles sont pleines. Après Prières errantes (1990), Fragments et louanges (1993) et Introduction au large (2001) et Entrées en échanges (2005), Levées d’empreintes est le cinquième recueil de Pierre Dhainaut que publie Arfuyen." (France Culture)

Enfin ce serait oui...
Ce n'est qu'un souffle encore et un sourire
quand nous le nommons, que nos mains le prennent,
nous nous sentons soudain si maladroits.

Il vient de naître, il a toute confiance
en ceux qui s'approchent, qui se penchent : à sa venue
nous n'avons pas épanoui le monde.

Avec la vie nous n'avons pas donné
la parole de vie : le mot, le seul
qu'il conviendrait de dire, se refuse à trouer la gorge.

Chaque enfant nous invite, dès qu'il respire,
comme sur une plage où les vents jubilent sans réserve,
à l'écouter entre ses lèvres.

Décharger l'espace, l'air y serait libre,
libre aussi bien de se transformer en lumière,
nous l'apprendrons de lui en prononçant

la syllabe frêle, chaleureuse, enfin ce serait oui.



Poésie sur Parole (France Culture, le 30 mars 2008)






Offrir et ne jamais finir

... offrir sur la vitre
la première buée. Tu rêverais
uniquement d'être ici en avril,
tu n'esquisserais que les initiales
des prénoms que tu aimes, et toujours
ce serait, venant vers toi,
le vent pur, les nuages, l'écume...

... offrir un peu d'eau
qui croupit au bas des trottoirs.
A peine entre les mains
tu ne dirais plus qu'elle est sale,
tu t'en laverais le visage,
tu écouterais à l'instant
ce bruit de source où le ciel se découvre...

... offrir un papier
froissé, jeté. L'origine perdue, les lettres
devenues grises, l'encre et la pluie
mélangées à la terre, chaque ligne,
chaque tache, tu les déchiffrerais,
tu les rendrais arborescentes,
tu en ferais le début d'un poème...

... offrir une graine
tombée de l'érable, écrasée.
Tu la tiendrais au bout des doigts,
il te viendrait un souffle
déjà pour disjoindre tes lèvres
en épelant le mot « samare »
et partir, partir très loin avec elle...

... offrir un fragment
d'écorce, quel que soit l'arbre,
mais de préférence un bouleau,
la plus fragile. Sans cesse,
en le pressant, tu ranimerais le regard,
tu sentirais en plein essor
le tronc clair qui frémit...

... offrir un caillou
que tu ne prends que pour le reposer
dans le lit du torrent. Tu saurais bien
quelle est ta place à genoux sur la rive,
la sienne aussi entre tant d'autres
au milieu des remous, toi silencieux,
lui lumineux ensemble...

…offrir dans le sable
ces empreintes d'oiseaux
que la brise interprète en effaçant.
Tu ne pèserais plus,
sans savoir où, te saisirait
le claquement d'une aile,
tu ruissellerais sous la vague...

samedi 5 janvier 2008

Christian Hubin nous parle de la poésie de Pierre Dhainaut.

L'errance de Pierre Dhainaut, on en mesure aujourd'hui l'avance magnétisée. Plus elle va, plus cette poésie s'allège, plus elle s'éprouve aussi, sauvée, semble-t-il, de ne plus chercher réponse, d'être en quête sans rien attendre... la dispersion s'est faite don ; la fusion, accord et recueillement. Le souffle est comme retenu, le halo a grandi autour de la présence. Une sorte d'acquiescement, un être infusé dans l'haleine du monde... Le je (...) n'est plus ici que le pronom du Tout, le signe d'emprunt de l'Autre. Présence et absence confondues, être et lieu unis, dans les sables du Nord ou les cols de la Chartreuse.
Christian Hubin, La Forêt en fragments, José Corti, 1987

mercredi 26 septembre 2007

Interview, partie 5 : Les lieux et les souffles


Deux paysages fortement contrastés vous ont particulièrement inspiré : les plages du nord et le massif de la Grande Chartreuse. Ont-ils été pour vous complémentaires ? A quelles aspirations répondaient-ils ?

Oui, ils sont complémentaires. L’Aubrac que j’aime n’est pas très différent des plages. L’aspiration est alors celle du dépouillement. Je retrouve aussi le dépouillement en montagne, mais différemment : il s’agit d’une initiation, d’un dépouillement progressif, par étapes ou par étages - on va du boisé à l’alpage, puis à la pierre nue. Lorsqu’on atteint le sommet, on a l’impression qu’on a mérité la dilatation des cimes. Sur la plage, je fais plutôt l’apprentissage des grandes forces naturelles, les marées et les vents. En réalité, c’est moins un dépouillement qu’un arasement.

Une fois que j’ai évoqué les lieux qui m’ont marqué, je n’ai plus besoin d’en parler, ils sont en moi, présents, même si mes textes n’entretiennent aucun rapport direct avec eux. Parfois, certains mots apparaissent, « arbre », « pierre », « écorce », « eau », et l’auteur sait très bien d’où ils viennent. Quand je parle de « pierres » et d’ « arbres », il s’agit de pierres et pour la plupart d’arbres de Chartreuse.


A l’âge de vingt ans, c’est à Dunkerque que j’ai eu mes premiers vrais contacts avec la mer et le rivage. Mais ce contact était encore ambigu. On ne pouvait pas venir ici sans voir les ruines, la guerre… Le monde naturel et l’Histoire rivalisaient.

Qu’avez-vous retenu de vos découvertes des spiritualités orientales ?

Ces découvertes ont été beaucoup plus sensibles qu’intellectuelles, je les dois à certains poètes, par exemple Octavio Paz.

J’ai lu quelques ouvrages sur le zen, il ne s’agissait pas de savants traités, je pense à l’art des bouquets ou des jardins, au tir à l’arc, à la cérémonie du thé. Ensuite, j’ai lu des anthologies du haïku, j’ai entendu la musique du shakuhachi. Encore aujourd’hui je ne puis écouter vingt secondes de cette musique sans en être aussitôt, comment dire ?... recueilli, épanoui. J’aime particulièrement les flûtes, qu’elles soient du Japon comme le shakuhachi, de l’Inde ou de l’Iran : mes poèmes s’en souviennent, que les souffles animent, les souffles qui rappellent que nous ne sommes que de passage, qui pourtant invitent à la présence au monde.